
Des messages insultants qui reviennent chaque jour, une photo détournée qui circule, un faux compte créé pour se moquer, des dizaines de commentaires hostiles en quelques heures. Le cyberharcèlement passe par les réseaux sociaux, les messageries, les forums ou les jeux en ligne. Il ne s’arrête pas à la sortie de l’école ou du bureau : il suit la personne visée sur son téléphone, jusque chez elle.
Ce guide s’adresse à la victime comme à ceux qui l’entourent : parent, ami, conjoint, collègue, manager. Il suit l’ordre des décisions à prendre : reconnaître la situation, protéger la personne, conserver les preuves, faire retirer les contenus, porter plainte et trouver du soutien. Le cadre légal est détaillé dans notre article Cyberharcèlement : ce que dit la loi, et les conseils propres aux enfants dans notre guide pour les parents et les enseignants.
Comment savoir s’il s’agit de cyberharcèlement ?
Selon Service-Public.fr, le cyberharcèlement est un harcèlement commis sur internet, en public ou en messages privés. Il suppose des faits répétés qui dégradent les conditions de vie de la victime. Il peut être le fait d’une seule personne, ou d’un groupe dont chaque membre n’a agi qu’une fois : c’est ce qu’on appelle le harcèlement « en meute ».
Il prend des formes très différentes :
- Messages et commentaires : insultes, moqueries, menaces, envoyés directement ou publiés sous les contenus de la victime.
- Diffusion de contenus : photos, vidéos ou conversations privées partagées sans accord, montages humiliants.
- Exposition : publication de l’adresse, du numéro de téléphone ou de l’établissement de la personne.
- Usurpation : faux profil au nom de la victime, utilisé pour la ridiculiser ou nuire à ses relations.
- Exclusion : mise à l’écart organisée d’un groupe, rumeurs relayées dans les conversations collectives.
Un message isolé ne suffit pas toujours à caractériser un harcèlement. D’autres infractions peuvent toutefois s’appliquer, comme l’injure, la diffamation, l’atteinte au droit à l’image ou l’usurpation d’identité. Dans le doute, conservez les éléments et faites le point avec un professionnel.
Quels sont les premiers gestes, pour la victime et son entourage ?
La fiche réflexe de Cybermalveillance.gouv.fr recommande de ne pas répondre aux messages harcelants, d’en parler à un tiers de confiance et de verrouiller ses comptes. Répondre alimente l’échange et fournit de nouveaux contenus à détourner.
Si vous accompagnez une victime, nous conseillons de commencer par écouter. Laissez la personne raconter à son rythme, sans minimiser (« ce n’est qu’internet ») ni lui reprocher ce qu’elle a publié. La honte et la peur de ne pas être crue retardent souvent la demande d’aide. Proposez ensuite de faire les démarches avec elle, plutôt qu’à sa place.
Évaluez aussi le danger immédiat. Si des menaces visent sa sécurité physique, si son adresse a été divulguée ou si elle exprime des idées suicidaires, n’attendez pas : appelez le 17 ou le 112, ou envoyez un SMS au 114 en cas de difficulté à parler ou à entendre, comme l’indique 17Cyber. Le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond gratuitement 24 heures sur 24, à la personne en détresse comme à son entourage.
Pour limiter l’exposition, restreignez la visibilité des comptes, bloquez ou bannissez les auteurs et désactivez les commentaires si la plateforme le permet. Nous recommandons de faire les captures d’écran avant de bloquer un compte ou de supprimer une conversation, pour ne rien perdre.
Comment conserver des preuves utilisables ?
Les preuves servent à la fois au signalement, à la plainte et, plus tard, aux demandes de retrait. Service-Public.fr cite les captures d’écran, les copies d’e-mails, les enregistrements audio ou vidéo, les attestations de témoins avec leur identité complète, un certificat médical et une main courante. Tous ces documents doivent être datés.
- Pour chaque contenu : une capture montrant le message, le pseudonyme de l’auteur, la date et l’heure, et l’adresse (URL) de la page ou du profil.
- Pour les profils : l’adresse exacte du compte, pas seulement son nom affiché, qui peut changer.
- Pour les messageries : la conversation entière, sans couper le contexte.
- Pour l’impact : un certificat du médecin qui constate l’état de santé, utile pour évaluer les conséquences des faits.
Nous conseillons de tenir un tableau chronologique simple : date, plateforme, contenu, lien, démarche effectuée. Il évite de perdre le fil quand les messages se multiplient. Conservez les originaux sur un support que l’auteur ne peut pas atteindre, et ne supprimez pas votre compte avant d’avoir tout sauvegardé.
Lorsque les contenus risquent de disparaître ou que leur authenticité pourrait être contestée, la victime peut faire appel à un commissaire de justice pour constater le harcèlement. Ce constat est payant.
Comment faire retirer les contenus ?
Le premier levier est l’outil de signalement de la plateforme. Le règlement européen sur les services numériques (DSA) impose aux hébergeurs et aux plateformes un mécanisme de notification des contenus illicites. Il n’est pas nécessaire d’avoir contacté l’auteur au préalable. Un signalement efficace décrit le contenu, donne son adresse exacte, explique pourquoi il est illicite et comporte une déclaration de bonne foi. La fiche de Cybermalveillance.gouv.fr renvoie vers les formulaires des principaux réseaux sociaux.
Pour les jeunes, le 3018 peut intervenir directement. L’association e-Enfance, qui l’opère, a été désignée signaleur de confiance par l’Arcom. Les plateformes doivent traiter ses signalements en priorité ; l’association indique viser une suppression des contenus ou comptes en quelques heures.
Lorsque des menaces ou des incitations à la violence sont publiées en accès public, la victime ou un témoin peut aussi les signaler sur internet-signalement.gouv.fr, la plateforme Pharos. Ce signalement ne remplace pas une plainte et Pharos ne traite pas les urgences. Pour une injure, une diffamation ou des messages privés d’une personne connue, Service-Public.fr oriente vers la police ou la gendarmerie.
Si les contenus remontent dans les résultats de recherche associés au nom de la victime, une demande de déréférencement peut être adressée aux moteurs de recherche. Notre page consacrée au droit à l’oubli explique cette démarche.
Faut-il porter plainte, et comment ?
Le cyberharcèlement est un délit. Porter plainte ouvre la voie à une enquête, qui peut permettre d’identifier un auteur anonyme, et à une éventuelle indemnisation. Avant de se déplacer, une personne majeure peut échanger par écrit avec un policier ou un gendarme, 24 heures sur 24, pour être conseillée. Un service équivalent est réservé aux mineurs sur Ma Sécurité.
- Où : dans le commissariat ou la brigade de gendarmerie de son choix, ou par courrier au procureur de la République.
- Contre qui : contre l’auteur s’il est connu, contre X sinon.
- Quand : dans un délai de six ans après le dernier acte de harcèlement.
- Avec quoi : le dossier de preuves, le tableau chronologique et les éventuels certificats médicaux.
- Pour un mineur : les représentants légaux l’accompagnent pour qu’il se constitue partie civile.
Le 116 006, numéro d’aide aux victimes, gratuit et ouvert tous les jours, oriente vers les associations France Victimes qui accompagnent la procédure. Pour une situation précise, notamment une demande de dommages et intérêts, un avocat pourra évaluer les qualifications et les chances d’action. Les infractions et les peines encourues sont détaillées dans notre article sur la loi, cité en introduction.
Où trouver un soutien psychologique ?
Le cyberharcèlement peut provoquer anxiété, troubles du sommeil, isolement ou décrochage. Un accompagnement aide à ne pas porter seul la situation, pendant les démarches et après.
- 3018 : numéro national pour les jeunes victimes, témoins ou auteurs de harcèlement et de violences numériques. Gratuit, anonyme et confidentiel, il répond 7 jours sur 7 de 9 h à 23 h, par téléphone ou par tchat sur l’application 3018, selon e-Enfance. Il accompagne aussi les parents.
- Fil Santé Jeunes : écoute anonyme et gratuite pour les 12-25 ans au 0 800 235 236, tous les jours de 9 h à 23 h, et par tchat sur filsantejeunes.com.
- Mon soutien psy : dès 3 ans, jusqu’à 12 séances par an chez un psychologue partenaire, prises en charge à 60 % par l’Assurance Maladie, avec ou sans orientation par un médecin. L’accord des parents est requis pour un mineur. Les conditions figurent sur ameli.fr.
- 3114 : en cas de pensées suicidaires, pour soi ou pour un proche, à toute heure.
Le médecin traitant reste un point d’entrée utile : il peut évaluer la situation, orienter vers un spécialiste et établir le certificat qui servira à la procédure. Les témoins jouent aussi un rôle ; notre article Témoin de cyberharcèlement donne les bons réflexes.
Comment iProtego peut vous accompagner
Quand les contenus se multiplient, changent de plateforme ou restent visibles dans les résultats de recherche, le suivi devient lourd pour une personne déjà éprouvée. Notre équipe analyse la situation, recense les contenus et leur diffusion, prépare les signalements et engage les démarches de retrait et de déréférencement possibles, en lien avec l’avocat de la victime lorsqu’une procédure est en cours. Une veille permet ensuite de repérer les réapparitions. Notre page accompagnement face au cyberharcèlement présente cette démarche .
Sources vérifiées le 5 novembre 2026. Les textes, démarches et plateformes cités peuvent évoluer.

