
Une série d’avis à une étoile en quelques jours, un vieil article qui ressort sur votre nom, un fil de forum qui accuse votre entreprise : les situations d’e-réputation se ressemblent rarement, mais la méthode pour les traiter suit souvent le même chemin. On qualifie d’abord le contenu, on vérifie ce que prévoient la plateforme et la loi, puis on choisit les démarches dans le bon ordre.
Les situations ci-dessous sont des cas types : des scénarios construits pour illustrer nos démarches. Ils ne décrivent aucun client réel, car nous sommes tenus au secret professionnel. Pour chacun, nous présentons ce que nous analysons d’abord, les démarches possibles et leurs limites. Aucune de ces démarches ne garantit un résultat : la décision appartient à la plateforme, au moteur de recherche ou au juge.
Un restaurant visé par une série de faux avis Google
Cas type : un restaurant reçoit en quelques jours plusieurs avis à une étoile, rédigés par des comptes sans historique, qui décrivent des repas que l’équipe ne retrouve dans aucune réservation. Aucun message ne réclame d’argent.
Ce que nous analysons d’abord : chaque avis, un par un. Un avis sévère mais fondé sur une expérience réelle reste un avis légitime. Nous recoupons les dates, les détails cités et les profils des auteurs avec ce que l’établissement sait de sa clientèle, sans chercher à identifier les auteurs par des moyens détournés.
Les démarches possibles :
- Signaler les avis à Google : les règles de Google Maps interdisent les contenus qui ne reflètent pas une expérience réelle, les avis publiés en série par une même personne et ceux d’un concurrent qui cherche à discréditer un établissement. L’outil de gestion des avis permet de suivre chaque signalement et, pour les avis éligibles, de faire appel d’un refus.
- Répondre publiquement : une réponse courte et factuelle, sans accusation, indique aux lecteurs que l’établissement ne retrouve pas la visite décrite et invite l’auteur à le contacter.
- Ne pas compenser par des avis achetés : Google interdit les avis incités, et l’article L121-4 du Code de la consommation répute trompeuse la diffusion de faux avis de consommateurs.
Si un message propose de retirer les avis contre paiement, la situation change : Google dispose d’un canal dédié à l’extorsion liée aux avis et recommande de ne pas payer et de conserver les échanges.
Les limites : Google ne supprime pas un avis parce qu’il est négatif, et un signalement examiné peut conclure qu’aucune règle n’est enfreinte. Un avis peut donc rester en ligne même si l’établissement le conteste.
Un dirigeant et un ancien article de presse qui remonte sur son nom
Cas type : le dirigeant d’une PME découvre qu’un article publié il y a plusieurs années, consacré à une procédure qui l’a visé puis s’est close sans suite, apparaît en tête des résultats lorsqu’on tape son nom.
Ce que nous analysons d’abord : l’exactitude de l’article, son ancienneté, ce qu’il est advenu de l’affaire depuis, et le rôle public de la personne. Ce sont les critères que la CNIL décrit dans sa page sur le déréférencement en questions, qui mentionne aussi la finalité journalistique des contenus.
Les démarches possibles :
- Demander le déréférencement à Google : la page d’aide de Google sur la législation européenne en matière de vie privée décrit le formulaire : URL précises, recherche concernée, explication du lien avec la personne et des raisons de la demande. Google précise qu’il peut s’appuyer de façon significative sur une décision de justice rendue en faveur du demandeur.
- Saisir la CNIL en cas de refus : selon la CNIL, le moteur dispose d’un mois, qui peut être porté à trois mois, pour répondre ; en l’absence de réponse ou en cas de réponse insatisfaisante, une plainte peut lui être adressée.
- Contacter l’éditeur : seul le site d’origine peut modifier, compléter ou retirer l’article. Nous conseillons souvent de demander une mise à jour mentionnant l’issue de l’affaire plutôt qu’une suppression.
- Travailler les contenus positifs : des pages exactes et à jour sur le parcours du dirigeant permettent aux internautes de trouver une information plus complète.
Les limites : le déréférencement ne supprime pas l’article, qui reste en ligne et accessible par d’autres recherches. Google indique tenir compte des choix éditoriaux de la presse, en particulier pour les articles récents, et cite les dirigeants d’entreprise parmi les exemples de personnes ayant un rôle public, ce qui pèse dans l’examen. Notre article sur le droit à l’oubli détaille ces règles.
Une PME visée par un avis diffamatoire et un fil de forum
Cas type : une entreprise de services découvre un avis qui l’accuse d’escroquerie, puis un fil de forum qui reprend l’accusation et appelle à ne plus travailler avec elle.
Ce que nous analysons d’abord : la qualification des propos et la date de leur mise en ligne. Une critique, même vive, n’est pas illicite. L’article 29 de la loi du 29 juillet 1881 définit la diffamation comme l’allégation ou l’imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération d’une personne ou d’un corps, et l’injure comme une expression outrageante qui ne renferme l’imputation d’aucun fait. Le dénigrement d’un produit ou d’un service relève de la responsabilité civile (article 1240 du Code civil) ; la Cour de cassation admet la critique si elle porte sur un sujet d’intérêt général, repose sur une base factuelle suffisante et reste mesurée (Cass. com., 9 janvier 2019, n° 17-18.350).
Les démarches possibles :
- Conserver les preuves : captures datées, URL exactes, nom du site et de l’hébergeur.
- Signaler à la plateforme ou à l’hébergeur : par son outil de signalement, en expliquant précisément en quoi le contenu est illicite. Pour un site indépendant, les coordonnées figurent dans les mentions légales.
- Faire adresser une mise en demeure : lorsque l’auteur est identifiable, un courrier d’avocat peut lui demander de retirer ses propos.
- Engager un recours : avec un avocat, qui choisit la qualification et la procédure adaptées.
Les limites : en matière de diffamation et d’injure, l’action se prescrit par trois mois révolus à compter du jour où les faits ont été commis, ce qui impose d’agir vite. Une plateforme peut aussi estimer que le contenu relève de la liberté d’expression. Nous conseillons de ne pas répondre sur le forum sous le coup de l’émotion : une réponse agressive alimente le fil. Notre article sur la diffamation, l’injure et le dénigrement en ligne approfondit ces recours.
Un particulier visé par des publications sur les réseaux sociaux
Cas type : après une rupture, une personne découvre que plusieurs comptes publient des photos d’elle accompagnées de moqueries, et que des inconnus commencent à commenter.
Ce que nous analysons d’abord : la nature des contenus (photos privées, propos répétés, menaces), leur nombre et les comptes concernés. Le cyberharcèlement suppose en principe des faits répétés, sauf lorsqu’ils sont commis par plusieurs personnes. L’article 222-33-2-2 du Code pénal retient comme circonstance aggravante l’utilisation d’un service de communication au public en ligne. La publication de photos privées touche aussi au droit au respect de la vie privée (article 9 du Code civil).
Les démarches possibles :
- Constituer un dossier daté : captures d’écran, liens, noms des comptes, témoignages, certificat médical le cas échéant, comme le recommande Service-Public.fr.
- Signaler chaque contenu : par l’outil de la plateforme concernée, sans obligation d’avoir d’abord contacté l’auteur.
- Porter plainte : au commissariat, à la gendarmerie ou par courrier au procureur de la République ; Service-Public.fr indique un délai de six ans après le dernier acte.
- Chercher du soutien : le 3018 s’adresse aux jeunes victimes de harcèlement en ligne, le 116 006 aux victimes d’infractions.
Les limites : une plateforme peut juger qu’un contenu respecte ses règles, et un contenu retiré peut être republié par un autre compte. Notre guide sur l’accompagnement des victimes de cyberharcèlement détaille chaque étape.
Une marque employeur abîmée par des avis d’anciens salariés
Cas type : une entreprise qui recrute constate que plusieurs avis d’anciens salariés, sur un site d’avis employeurs et sur sa fiche Google, décrivent un management brutal. Les candidats en parlent en entretien.
Ce que nous analysons d’abord : ce qui relève d’un témoignage sur une expérience de travail, même sévère, et ce qui sort du cadre : attaque nominative, information interne, propos injurieux. Nous regardons aussi si les critiques se recoupent : des reproches répétés signalent souvent un sujet interne réel.
Les démarches possibles :
- Signaler les avis hors règles : les règles d’Indeed excluent notamment les propos injurieux ou diffamatoires, les informations internes ou non publiques et les données personnelles sans rapport avec le travail. Sur Google, les règles de Google Maps citent l’emploi actuel ou ancien parmi les exemples de conflit d’intérêts.
- Répondre avec retenue : dans ses conseils aux employeurs, Indeed leur demande de ne pas chercher à identifier les auteurs, de ne pas les menacer de poursuites et de garder un ton professionnel.
- Donner une information exacte : la page entreprise, le site carrières et les témoignages volontaires de salariés actuels complètent ce que voient les candidats.
Les limites : Indeed indique ne pas modifier les avis, et un avis négatif conforme à ses règles reste en ligne. Lorsque les critiques décrivent un problème réel, aucune démarche en ligne ne remplace sa correction en interne.
Ce que ces cas ont en commun
- Qualifier avant d’agir : un avis négatif, un faux avis, un propos diffamatoire et une information exacte mais ancienne n’appellent pas les mêmes démarches.
- Conserver les preuves tôt : captures datées et URL exactes servent pour un signalement comme pour un avocat.
- Respecter les règles de chaque plateforme : un signalement qui cite la règle enfreinte est mieux étayé qu’une simple contestation.
- Surveiller les délais : trois mois en matière de diffamation et d’injure, un à trois mois pour la réponse d’un moteur de recherche.
- Accepter les limites : certaines demandes n’aboutissent pas. Une réponse publique soignée et des contenus exacts restent alors les leviers disponibles.
Ce que peut faire iProtego
Nous analysons les contenus qui vous posent problème, nous vous indiquons ce qui relève d’une réponse, d’un signalement, d’une demande de déréférencement ou d’une action à confier à un avocat, puis nous préparons et suivons les démarches. Notre accompagnement en gestion des avis détaille cette méthode pour les avis clients. Pour exposer votre situation en toute confidentialité, contactez-nous.
Sources vérifiées le 5 novembre 2026. Les textes, démarches et plateformes cités peuvent évoluer.
